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Le Marais

décembre 17, 2017
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Le Marais 

C’est l’été indien et je suis  Place des Vosges. J’imagine que dans l’un des hôtels particuliers, Madame de Sévigné écrit une lettre à sa fille. Un rayon de soleil est figé dans sa fenêtre, il fait doux dans la pièce, quelques feuilles de papiers trainent sur le parquet en chêne. Plongée dans son écriture elle s’arrête brusquement la plume à la main et écoute. Ce sont les garçons dehors qui la sortent de ses pensées. Ils  jouent au foot, leurs visages sont rouges, leurs fronts sont couverts de goutellettes de sueurs mêlées à leurs mèches rebelles.

Les garçons courent et crient fort.  Et dans ce cri il y a la Vie. L’Instant.

Un jour ils disparaitront. Moi aussi.

Mais mon âme, je le sais, restera ici, dans le Marais. Dans le feuillage des arbres, dans l’ombre des silhouettes papotant sur les banc verts, dans le rire des enfants dans le square, dans le cri des mouettes, dans les sourires malins des mascarons en pierre qui savent tout mais ne disent rien, dans le vent qui murmure des secrets aux maisons, dans des boules de glace, dans les boiseries des portes cochères, dans le soprano d’un homme habillé étrangement qui chante sous les arcades bicolores, dans la tiedeur du soir qui caresse de vieux pavés et des façades ocres, dans les baisers osés des amoureux sur la pelouse, dans le mouvement insaisissable d’une petite vielle qui danse sur des airs de jazz devant le musée Canavalet, dans la pluie qui efface sans regret nos traces.

Photo Lois Lagarde

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